Rincer ou ne pas rincer les pâtes après cuisson ? La question ne divise pas que les tabliers du dimanche. Même en Italie, le débat persiste, entre puristes et adeptes du « gain de temps ». Mais que disent vraiment les chefs ? Après un séjour à Parme dans les coulisses de Barilla, il est temps de dévoiler ce que j’ai appris sur la cuisson des pâtes, et de partager les conseils hérités de Marcello Zaccaria, chef formateur à l’Academia Barilla.
Barilla et surtout l’Academia Barilla occupent une place à part dans mon parcours. Pendant deux années, en 2011 et 2012, ils m’ont invité à animer les ateliers de cuisine de pâtes lors des visites de Casa Barilla en France. Cette expérience m’a ouvert les portes d’une formation approfondie sur la cuisson et l’assaisonnement des pâtes, toujours sous l’œil attentif de Marcello Zaccaria, chef de l’école.
L’Academia Barilla, c’est à la fois une école de prestige et un ambassadeur de la gastronomie italienne. On y croise des chefs venus des quatre coins du globe, désireux de perfectionner leur savoir-faire sur les pâtes, mais aussi sur la boulangerie, après tout, Barilla est d’abord un artisan du pain, et sur la pizza. Le bâtiment fait partie d’un ensemble signé Renzo Piano, le Barilla Center, qui englobe aussi un hôtel et le consortium du Prosciutto di Parma. Ce lieu est une réhabilitation d’une ancienne confiserie, où la modernité côtoie le patrimoine culinaire.
Lors du BPWC, une partie des épreuves s’est déroulée dans l’auditorium de l’Academia, l’autre dans ses vastes cuisines, où plus de 26 chefs se sont affrontés en demi-finale. Mais le vrai trésor de l’Academia, c’est sa bibliothèque : 8 500 ouvrages dédiés à la gastronomie et une incroyable collection de menus anciens. J’ai eu la chance d’y tenir entre mes mains un menu signé Escoffier et un autre illustré par Nino Manfredi, des reliques qui racontent l’histoire de la cuisine italienne.
Avec Marcello Zaccaria, mon mentor à l’Academia Barilla, chaque détail compte. Les lauréats du BPWC 2016, par exemple, ont laissé leur empreinte, littéralement, sur le Mur de la renommée de la bibliothèque : plaques en terre cuite, signatures, traces de mains. Une galerie verticale, hommage à la passion Barilla.
À l’heure de faire le point sur la cuisson des pâtes, impossible de ne pas transmettre les principes inculqués par Marcello. Voici les repères à avoir en tête pour cuisiner les pâtes comme en Italie.
COMMENT CUISINER LES PÂTES COMME UN CHEF ITALIEN ?
Pourquoi les pâtes collent-elles ?
La base, c’est le blé dur : riche en gluten, il donne aux pâtes leur tenue et leur élasticité, et en amidon, il fournit l’énergie. Mais c’est justement l’amidon relâché à la cuisson qui est responsable de la pellicule « collante » en surface. Inutile de rincer les pâtes pour éviter ce phénomène : cela retire l’amidon, mais emporte aussi une partie du goût. L’astuce, c’est la quantité d’eau : une grande casserole, 1 litre d’eau pour 100 g de pâtes. Ainsi, l’amidon se dilue et ne sature pas l’eau, évitant que les pâtes ne se collent entre elles.
Rigatoni à l’ail blanc et aux amandes : quelle quantité par personne ?
En Italie, les pâtes sont souvent servies en entrée ou en premier plat, parfois même dans un bouillon. Le plat principal suit, avec viande ou poisson, puis légumes. Mais aujourd’hui, le repas italien traditionnel s’est allégé : un plat de pâtes suffit à combiner féculents, légumes, protéines et fromage. Les quantités à prévoir :
- Pour une entrée ou pour un enfant : 50 g de pâtes par personne
- Pour un plat principal : 100 g de pâtes par convive
Ma sauce tomate à la viande hachée : quelles pâtes choisir pour quelle sauce ?
La variété des formes de pâtes n’est pas qu’une question de tradition ou d’esthétique ; elle sert à adapter les textures aux sauces. En résumé, voici comment s’y retrouver :
- Les pâtes lisses et sans rainures accueillent bien les sauces épaisses ou les garnitures coupées finement.
- Celles qui présentent des trous, des rayures, des formes creuses ou ondulées sont idéales pour des sauces plus liquides ou des morceaux plus gros.
Un détail à surveiller : préférez les pâtes à la surface légèrement rugueuse, capables de retenir la sauce. Les pâtes artisanales ou travaillées à la main offrent cette texture poreuse recherchée.
Pourquoi cuire les pâtes al dente ? Que signifie « Al Dente » ?
Al dente, littéralement « sous la dent », désigne une cuisson qui laisse une légère résistance à la mastication. Ce n’est pas une question de mode : il y a plusieurs raisons à respecter ce point de cuisson :
- En cuisant, les pâtes absorbent de l’eau, le gluten et l’amidon se gorgent, et les glucides complexes commencent à se transformer. Une cuisson excessive convertit l’amidon en sucres simples, vite assimilés et stockés sous forme de graisses inutiles. Des pâtes trop cuites, c’est un pic de glucose suivi d’un coup de fatigue. Les sportifs le savent : des pâtes al dente, c’est une énergie diffuse et durable.
- Le moment où les pâtes sont al dente, c’est lorsque l’amidon a cuit sans se transformer entièrement. Pour le vérifier, coupez une pâte en deux pendant la cuisson : le cœur doit encore présenter un léger point blanc. Tant qu’il subsiste, la pâte n’a pas passé le stade optimal. Une fois ce point disparu, la pâte est cuite juste comme il faut.
- Pour ne pas se tromper, oubliez les fausses astuces du test à la dent. En France, on a tendance à prolonger la cuisson. Suivez l’indication sur l’emballage, ou mieux, commencez à tester la texture après quelques minutes, en tranchant une pâte chaque minute pour surveiller le point d’amidon.
- Astuce : retirez les pâtes une minute avant le temps préconisé, surtout si vous les mélangez ensuite à la sauce. Elles finiront de cuire doucement hors de l’eau, atteignant la texture parfaite à table.
Tagliatelle sauce tomate cerise : quand faire cuire les pâtes ?
Les pâtes doivent être cuites juste avant d’être servies, jamais en avance. Si on les laisse attendre, même égouttées, elles poursuivent leur cuisson et perdent leur texture. Préparez donc la sauce en premier, puis lancez la cuisson des pâtes au dernier moment.
Comment cuire les pâtes ?
Une cuisson réussie suit ces étapes clés :
- Faire bouillir une grande quantité d’eau : 1 litre pour 100 g de pâtes. Plus il y a d’eau, moins l’amidon sature, plus les pâtes restent séparées et souples.
- Lorsque l’eau bout, ajouter du gros sel : 7 g par litre d’eau et 100 g de pâtes. Le sel relève la saveur et n’est jamais absorbé en totalité, pas de panique sur la dose.
- Remuer une ou deux fois au début pour bien séparer les pâtes, puis laisser faire. Trop mélanger libère davantage d’amidon et favorise le collage.
- Les pâtes doivent bouillir à gros bouillons, sans couvercle. Cela évite que l’amidon ne déborde et ne forme une mousse épaisse à la surface.
- Évitez d’ajouter de l’huile dans l’eau : elle flotte à la surface et n’empêche en rien les pâtes de coller.
- En fin de cuisson, prélevez une petite louche d’eau de cuisson pour enrichir votre sauce. Égouttez ensuite les pâtes sans les assécher complètement, elles doivent rester légèrement humides.
- Versez directement les pâtes dans la sauce et faites-les sauter ensemble une à deux minutes, pour que les saveurs se mêlent et que la sauce nappe chaque morceau.
Conserver des pâtes déjà cuites : comment s’y prendre ?
Deux situations se présentent : soit vous prévoyez de les réchauffer, soit vous préparez une salade froide. Voici comment procéder :
- Pour des pâtes à réchauffer, cuisez-les à moitié seulement. Étalez-les en couche fine dans un plat, arrosez d’un filet d’huile d’olive, mélangez et placez-les rapidement au réfrigérateur.
- Pour une salade, faites-les cuire al dente, rincez-les brièvement sous l’eau froide pour stopper la cuisson, puis étalez-les sur une grande assiette, arrosez d’huile et laissez-les refroidir avant d’ajouter la garniture.
Comment réchauffer des pâtes déjà cuites ?
- Si les pâtes ont déjà été mélangées à la sauce, il vaut mieux les passer au four en gratin, avec un peu de chapelure ou de fromage, pendant 20 minutes à 220°C.
- Si elles ont été précuites et conservées nature, replongez-les 30 secondes dans de l’eau bouillante, égouttez-les et faites-les finir de cuire dans la sauce.
Le geste qui change tout : comment bien mélanger pâtes et sauce ?
Le secret, c’est la spadellata : transvaser les pâtes égouttées dans la poêle avec la sauce, ou dans le saladier si vous utilisez un pesto. Ajoutez au passage une louche d’eau de cuisson : elle aide la sauce à enrober les pâtes et à bien adhérer. Mélangez sur le feu une minute pour que l’ensemble s’homogénéise, ou à froid pour les pestos.
Quel fromage choisir avec les pâtes ?
En Italie, le fromage ne recouvre jamais le plat : il s’ajoute à la râpe, en touche finale, selon le goût de chacun. Quelques repères :
- Parmesan ou Grana Padano : parfaits avec les sauces à la viande ou aux légumes corsés, ces fromages ont du caractère.
- Pecorino : à privilégier avec les fruits de mer ou les légumes plus doux.
Voilà l’essentiel de ce que m’a transmis Marcello Zaccaria, et de ce que l’Academia Barilla transmet à tous ceux qui aiment les pâtes. À Parme, la tradition se transmet de main en main ; chaque plat de pâtes, parfaitement cuit, prolonge cette histoire à table. Qui sait, la prochaine fois que vous égoutterez vos spaghetti, l’Italie ne sera peut-être pas si loin.

